Voyage à vélo au bout du monde

Km 8100 – Turkemnistan – Le jour le plus long

Bonjour a tous !

Nous voila parvenus en Asie centrale, a Bukhara. Mon compteur a passe les 8000, ca commence a rendre. On y prend deux jours de repos bien necessaires apres la traversee du Turkmenistan. On a change d ‘ambiance, on boit de la Vodka, les femmes nous parlent, elles sourient et sont habillees toutes en couleurs ! On est bien sortis d’Iran !
Ci dessous les photos.
Et ici le lien vers la video de Sylvain de la semaine :  http://www.dailymotion.com/video/xs0omr_le-desert-du-turkmenistan_travel
Pour changer un peu d’ambiance du blog, j’ai eu une revelation sur mon velo, je vais vous raconter une journee detaillee, ce mercredi 4 juin dans le desert, journee eprouvante.
Contexte:
Nous avons quitte nos CouchSurfers de Mashaad le 28 Juin, et atteint le frontiere en un jour et demi, a Sarraks. Nous sommes redescendus autour de 300m d’altitude, les montagnes arides se sont transformees petit a petit en desert tout plat, la chaleur est intense entre 10h et 18h, le soleil tape, mais on est encore en forme et impatients de changer de pays, de culture, de demarrer la troisieme partie du voyage, l’Asie Centrale, et d’en decoudre avec ce fameux desert du Turkmenistan !
Les Turkmenes ne delivrent que des visas de transit de 5 jours. Nous savions depuis le debut que ca allait etre Sport mais pas dingo non plus: 500 km en 5 jours. 100km par jour sur du plat  a priori ca fait pas peur. 20-22 kmh pendant 5 heures ca passerait pas mal. Mais on se l’etait deja dit, on le savait « TOUT DEPENDRA DU VENT ».
On se leve tres tot le premier jour di visa (1er juillet) pour faire nos 100km et passer la frontiere, c’etait sans compter la lenteur et les complications des douaniers Turkmenes (les Iraniens etaient des cremes), qui nous font poireauter 2h. Mon passeport a du passer entre 10 mains differentes. Donc on a perdu la matinee, 50km qu’il faudrait rattraper les 4 prochains jours. Ca se corse, 110 km par jour finalement.
Et BIM, vent de face des le premier jour. On avance pas. 15kmh max.
Les 4 jours suivants furent sur le meme shema que la journee que je vais vous decrire, a batailler contre le vent Sud Sud Est.
Le jour le plus Long – Mercredi 4 juin
4h30 – Le reveil de mon altimetre sonne. Celui de Sylvain ne va pas tarder. Le Coq gueule depuis 15 mn a cote.  Il fait encore tout juste nuit. Ou sommes nous ? Nous sommes a 30 km apres Mary. Au moment de chercher un Spot ou dormir a la tombee de la nuit derniere, nous n etions pas dans le desert comme les nuits precedentes, mais pres d un village. Pas moyen de trouver un endroit tranquilles, alors on est alle vers les maisons demander aux gens si on pouvait planter la tente pres de chez eux, et puis c etait l occasion de tester l’hospitalite Turkmene. On est tombes sur une petite famille super sympa. Ils nous ont propose de mettre notre tente sur un de leur cubes de betons ou ils dorment et dinent (voir photos). Ils ont un petit tres mignon. Ils nous ont apporte des couvertures et coussins pour plus de confort et on a partage une pasteque, on leur a joue un peu de musique, et on a pu prendre une douche dans leur salle d’eau super rustique (voir photos).
On fait notre cafe froid du matin, melange dans un de nos bidons, on avale un peu de pain qu’on avait. On a plus de confiture depuis 3 jours.
Il reste environ 200 km jusque la frontiere. On va essayer de frapper un grand coup aujourdhui pour qu il reste moins de 80 km pour le dernier jour, pour arriver tot au poste frontiere.
5h00 – Le crepuscule. On range les tentes, on remballe les sacoches. Le papa, la maman se levent pour donner a manger aux animaux. On leur demande de l’eau pour remplir nos bouteilles videes, ils nous la sortent de leur petit puit perso en dessous du bloc de beton ou on dormait. Pas d’eau courante ici. Tant qu’on a pas de maladies et de grosses diarhees on boit ce qu on nous donne.
5h30 – On reprend la route qu’on a laissee hier soir. Petit rituel, on sort les ecouteurs, on releve le pantalon du cote du derailleur, et on se lance. Il fait frais. Le vent est de face, c est une brise legere mais suffisante pour nous limiter a 17-18 kmh. Sans vent je pense qu on peut atteindre les 22-24 kmh tranquillement sur du plat. Je sais egalement que le vent va se renforcer dans qq heures, il faut profiter de cette phase.
Le soleil se leve, il est bien beau et orange maintenant mais je sais qu’il sera mon calvaire dans quelques heures a peine. Je me dis a nouveau qu’on aurait du se lever bien plus tot, mais il faut bien dormir aussi.
6h30 – Le vent se renforce, on fait du 15 kmh. La route va NNE, le vent va au Sud.
Alors attention, c est pas du vent en rafale, mais avec toute la surface qu offre notre corps et nos sacoches il a un sacre effet. J envie un velo de course sans sacoches.
Deuxiemement il faut savoir qu on donne pas le max d’energie dans les jambes, on donne suffisamment pour avancer mais sans forcer. On ne peut pas se mettre en mode sportif quand on doit faire 100 km tous les jours, on est en economie pour rouler longtemps.
Sur le plat, le poids du velo (45kgs) n a theoriquement aucun effet quand on va a vitesse constante, par rapport a un velo non charge. Il a bien un effet quand tu acceleres souvent, donc en ville ou sur des routes pourraves, et evidemment en montee. Mais la on est sur des routes longues et plates donc on roule contre le vent et les frottements du velo et la route. Je le redis encore et encore, la force du vent est proportionnelle au carre de la vitesse, celle des frottements est proportionelle tout court et on a des bons velos, donc on roule principalement contre le vent.
A 15kmh je deprime deja, je fais plein de calculs dans ma tete, je suis content quand je passe a 16, je deprime quand je lutte a 13. Le vent, ma vitesse, toutes ces idees m’obsedent trop je les ai deja pensees 1000 fois, les vitesses faibles et pendant longtemps me depriment. Le vent sur les longues distances ronge mon moral. Je suis trop attache aux chiffres, je dois arreter de regarder le compteur. Je ne dois arreter de penser en terme de vitesses mais integrer ca et regarder la distance parcourue et etre patient, on finit toujours par y arriver a nos 100 km. La derniere journee pour arriver a Bukhara j ai ainsi cache mon compteur avec mon bandana, c’etait une bonne idee.
Je suis un peu anxieux, on arrive sur un troncon de 60 km sans villes affichees sur ma carte. On espere quand meme trouver de la vie. Pas de panique non plus on n est jamais en reel danger puisqu on est sur la route bien frequentee par les camions.7h00  – 27 km – Un petit arret pour camioneurs. Il est ferme il est trop tot. On prend notre premiere pause d une vingtaine de minutes, on termine la pasteque de la veille. Je repars avec le Walkman cette fois.9h00 – 47 km – Le soleil tape, il est bien jaune. il fait 35 degres sur mon altimetre. On arrive a Uchali une petite ville construite autour de la gare. On avale 2L de cocca bien frais trouve dans un petit market. On leur prend qq tomates et 4 especes de raviolis geants qui nous tentaient, qu on cale dans notre reste de pates de la veille. On repart.9h30 Le vent s est renforce. Pas de ville avant 60 km sur ma carte. On s est dit « on trouvera bien un endroit a l ombre pour faire la pause  de midi ». On passe a 13kmh. J ecoute la musique, puis je me mets un de mes 4 episode de LMDMF pour mieux passer le temps (dedicasse a ceux qui connaissent). Je pense au voyage, a mes proches, a raconter ce que je vis sur le blog, aux petits desaccords qu on a eu avec Sylvain recemment, faudra travailler ca.

10h30 Dans mon retro je vois un camion. 1 mn plus tard il est toujours la. L’idee ne fait qu un tour dans ma tete, ca fait deux jours qu on l attendait: LE VEHICULE LENT qui irait a moins de 30kmh genre tracteur et qui pourrait nous couper le vent ! Je le monte a Sylvain, on accelere. Il passe devant nous !! C’est un BULLDOZER tout jaune. On prend son aspi !! Ca marche !!! Yes ca putain de marche !! On est a 25 – 27 kmh sans forcer !! Je m’imagine deja arriver a Bukhara derriere ce Bulldozer ! Les deux conducteurs ne comprennent pas vraiment pourquoi on les colle comme ca. C est magique !! 2 mn plus tard, une montee, il nous decroche !!! Je fais des signes, ralentis ! Mais on a pas assez force, j avais pas vu venir la montee. Et souvenez vous, le poids a un max d effet en montee. Je force de plus en plus, mais il nous a decroche, pas moyen de le rattraper. Je pense a la scene dans seul au monde quand le mec perd son ballon Willson dans l ocean. Ascenceur emotionnel, je redescend petit a petit vers mes 13 kmh. J’attends Sylvain pour reprendre nos relais.

Les camions sont mes amis, ils nous offrent une bonne aspi, un peu de repos et d acceleration pendant 15 secondes. Tu attends le prochain camion comme un surfer attend sa vague. Dans mon jargon, on appelle ca le Truck-Surfing. Il y a aussi les camions qui viennent de face, si ils passent trop pres de toi et vite, ca fait comme un coup de poing, BIM ! Tu perds 3 kmh et tu dois reacceler derriere. Ca c est du Counter Truck-Surfing. Et donc, comme Brice de Nice attend sa vague en mediterrannee, moi j’attendais mon Vehicule lent. Je l ai laisse passe.
Les camioneurs egalement sont nos amis, compagnons de la route ! On les rencontre toujours dans les pauses, ils nous offrent des bouts de pasteque souvent ou un the avec eux. Iraniens, Turcs, Ouzbeques, bienvenue sur la route de la soie !

11h00 – Le soleil tape tres fort. Normalement a cette heure ci on s arrete. Mais on doit assurer des km aujourdhui et en velo avec le vent qu on cree ou de face on est rafraichis on sent pas tellement la chaleur et le soleil. On pousse donc un peu, d autant qu autour de nous c est le desert et les petits arbustes secs. Pas d ombre.

11h40 – 75 km – Il serait temps de trouver un Spot ou faire la pause du midi, mais rien autour. On esperait une petite barraque abandonnee ou quoi. Rien. Il fait chaud et je sens que la pause midi va pas etre terrible je nous imagine etendre nos couvertures de survie sur les velos pour faire de l ombre mais ce serait peu confortable. Si on ne voit rien derriere le prochain point haut de la route, on fera ca. Je pense « Alors la maintenant, Sylvain, sa bonne etoile il peut se la foutre dans le cul ». On passe le point haut et ce n est pas un mirage, des habitations !! Sauves !! J ai parle trop tot. C est des habitations construites autour d une gare paumee dans le desert. On est extenues.

11h45 – 17h On se place sous le prehaut de la gare, a l ombre. On nous indique qu un bonhomme vend des bouteilles a cote, on lui achete deux litres de sodas. Pas tres frais mais pas chaud en tout cas. On pourrait faire du the avec l eau de nos bidons exposes au soleil. Comme toujours refuge ne rime pas avec tranquilite, on ne passe pas inapercu dans un village au milieu du desert. Quelques habitants et gosses defilent, on leur fait un peu de musique, on discute. On bouffe. On fait cuire des pates pour le soir. On fait la sieste, deranges par les mouches. Je pars prendre des photos derriere (photos avec le tracteur dans le desert etc…).

17h – Le soleil nous permet de repartir. Je mouille mon bandana et ma chemise et c est reparti. Le vent n a pas faibli. 12-11-10-13-12-11 kmh defilent sur mon compteur. Ca ronge encore mon moral. Je sais qu en course a pied je peux atteindre le 13.33 kmh, ca me deprime encore plus. 25 km en 2h ! Il faut que j arrete de penser aux chiffres. Je reve de vent dans le dos, jca me donne la super patate d avancer vite. On fait des relais avec Sylvain. Je me passe un autre LMDMF pour passer le temps et penser a autre chose, j ai pas le moral pour ecouter de la musique joyeuse j ecoute des trucs planants.

18h30 – 95 km  On arrive a une autre ville-gare-paumee. Pas de market. On prend de l eau dans le puits du coin, et les villageois nous invitent a manger un bol de soupe a la viande, ca redonne des forces. Je suis extenue, faible. Sylvain est chaud pour repartir, je le suis. Le vent n a pas faibli depuis 10h du matin, et c est anormal. Les autres soirs a partir de 18h le vent faiblissait.
On repart pour une derniere session de velo, il faut qu on fasse nos kilometres pour arriver a la frontiere demain soir.

20h00 – Le vent faiblit enfin. C est un bonheur de rouler a 15kmh, ca me remonte le moral. Le soleil se couche.

20h15 – 109 km Un autre arret pour camioneurs au bord de la route. On s y arrete pour prendre nos 2L de Soda frais. On decide de s arreter ici pour la nuit. C est un peu dommage alors que le vent faiblit, mais c est plus complique de trouver un Spot de nuit, meme si la lune est pleine ces jours ci.
On mange les pates cuites le midi.

21h45 On installe nos tentes, en mode moustiquaire derriere la barraque, dans le sable. Dodo a 22h30. Il fait 30 degres au moment de s endormir. La temperature baisse jusque 22 degres vers 2h du matin. C est donc un peu complique de s endormir.

109 km – 7h20 de velo
Fin

Pouf ! Termine mon recit le plus long du jour le plus long ! Le lendemain on a refait presque la meme journee, avec encore plus de pression puisque c etait notre dernier jour de visa, leves a 4h du matin. On a fait 113 km dans les memes conditions, en 7h20. Mal renseignes par des camioneurs sur la position du poste frontiere, et sur sa fermeture a 18h. Un taxi nous a donc recupere et avance sur les 20 derniers kilometres qu on avait pas prevus. ( on pensait la veille qu il nous restait 70km …)Puis on est entres en ouzbekistan, on a retrouve de la vie, des marches, des markets sur la route, des vendeurs de pasteque,et le vent a meme ete clement et nous a permi de finir a 20kmh de moyenne. On a atteint Bukhara et on filera demain vers Samarkand en croisant les doigts pour le vent. On devrait prendre de l angle normalement.

Merci a tous pour vos commentaires sur le precedent article, et sur celui ci ! On arrive bientot a 5 mois de voyage les amis, 8000 km, et dans le monde de l Asie centrale.

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9 Réponses

  1. Jeanne Malleret

    Merci pour ce récit trepidant. Je vois que le physicien en toi est aux manettes. Et c’est bientot de nouveau le dénivelé qui va être déterminant. L’atlas est ouvert en permanence sur la table de la salle à manger pour suivre votre périple. Bises de tes parents et amitié à Sylvain. Ton papa jean-Paul

    juillet 8, 2012 à 12:25

  2. Marie Malleret

    trop de scientifique tue le scientifique!
    avec ton récit on aura bien retenu qu’il y a un désert au turkmenistan! dire que nous on a froid sous la pluie… ça nous réchauffe tout ça! bises à tous les 2.
    Marie

    juillet 8, 2012 à 6:36

  3. Xavier

    ouaich mec ! Je vois que ca roule bien pour vous, ca fait plaisir ! amusez vous bien. bisous!

    juillet 8, 2012 à 7:03

  4. tjs aussi fort de te lire ! tu nous as maintenant aux tripes ! Bisous, take care. Zazou.

    juillet 9, 2012 à 9:51

  5. tjs aussi fort de te lire ! tu nous as maintenu aux tripes ! Bisous, take care. Zazou.

    juillet 9, 2012 à 9:51

  6. Nono

    Total respect mec. Le tour de France c’est des petites bites a coté de toi. L’Asie nous a toujours réussi, tu peux rouler serein.

    Biz mon frère

    juillet 9, 2012 à 6:36

  7. Quems

    J’aime bien les petites references Wilson et Brice de Nice. Continue de nous faire rever.

    juillet 9, 2012 à 8:04

  8. romain f

    a day in the life of pierre!
    tres bonne initiative que ce recit d’une journee de A a Z
    bear grylls peut aller se refroquer !!

    et courage pour la suite

    bise

    romain

    juillet 11, 2012 à 11:09

  9. isabelle

    peuchère, c’est pire que le mistral, alors !!!
    pendant ce temps, avec Anne, ta mère et Marie, on pensait à toi en prenant le pastis au Lavandou ..
    bises
    Isabelle

    juillet 19, 2012 à 10:30

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